[Roman] Le Discours

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Auteur : Fabrice Caro
Éditeur : Gallimard (collection Sygne)
Nombre de pages : 200

Je me souviens qu’un soir, pendant que ma mère préparait le repas, debout dans la cuisine, j’avais essayé de lui parler de mon mal, la dépression, sans l’affoler, mais sans l’épargner non plus, j’avais besoin de partager ça avec elle, lui dire à quel point j’étais rongé, à quel point j’en souffrais, ce à quoi elle avait répondu : Tu dois boire du jus d’orange. Voilà. C’était ça la solution de ma mère, boire du jus d’orange.

Adrien n’est pas un grand fan des dîners de famille, répétitifs, toujours basés sur le même schéma. Tu aimes les poivrons déjà ? Non Sophie, non. Ton frère n’aime pas les poivrons et tu le lui demandes à chaque fois. Ce dîner de famille-ci s’annonçait comme tous les autres, mais ce sera peut-être le pire. Déjà, parce que son beau-frère lui demande de faire un discours lors de son mariage ; « Tu sais, ce sera le plus beau des cadeaux pour ta sœur ». Oh misère. Tout, tout mais pas ça. Pourquoi ne pas demander à quelqu’un de drôle, à l’aise, sensible, poétique, touchant et pertinent chaque fois qu’il ouvre la bouche ? Adrien n’est pas drôle. Ou poétique. Ou à l’aise en public. Mais comment refuser une telle proposition, aussi joliment présentée ?
Et comme si cette soirée ne s’annonçait pas assez pourrie de la sorte, voilà qu’il craque et envoie un message à son ex pour prendre de ses nouvelles, alors même qu’il s’était promisjurécraché de ne pas y céder. Et encore, ce n’est pas le pire ! Le pire ; le pire, c’est que Sonia l’a lu son message. Elle l’a lu mais n’y a toujours pas répondu. Faut-il la relancer ? Laisser tomber ? Envoyer balader ce repas pour la rejoindre ? Rester fort et digne, continuer à hocher la tête à tout ce que dit son beau-frère même quand on en à rien à cogner ? Comment peut-elle lui faire ça ? Comment peut-on lui faire subir tout ça en même temps ?

Moi qui aime particulièrement les BD et l’humour décapant de Fabcaro, je ne pouvais décemment passer à côté de ce roman. Et je dois dire que je n’ai pas été déçue ! On retrouve le même ton doux-amer que dans ses BD, le même style loufoque mais pourtant tellement parlant. Car qui n’a jamais vécu l’une de ces situations ? Sans savoir comment s’en dépêtrer, préférant courber l’échine et attendre que ça passe par paresse, facilité ou ennui au même titre qu’Adrien.
Le discours est un enchainement de situations cocasses, absurdes et désabusées, porté par des personnages tous plus névrosés les uns que les autres. Névrosés mais ô combien attachants, à commencer par Adrien, narrateur et personnage principal qui durant ce repas de famille un peu particulier nous livre une introspection profonde et touchante sur sa vie, ses proches, ses relations avec eux et sur l’amour. Une introspection digne des meilleurs on-man show qui fait autant rire que réfléchir.

Le discours est un roman frais, drôle et touchant. À travers un simple dîner de famille (interminable pour le narrateur mais croustillant pour le.a lecteur.ice) Fabcaro en profite pour dresser une belle critique sociale, amoureuse et familiale sans jamais tomber dans l’exagération ou la facilité. Un très bon moment de lecture à passer avec ce roman qui se lit tout seul !

En trois mots : Drôle. Désabusé. Critique.

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Angoulême et moi partie 2 – La sélection officielle

Après le détail des sélections Jeunesse et Polar, passons la sélection officielle au crible !

La sélection officielle et moi : 24/45 lus

Mon chouchou :

9791090724471-475x500-1Moi, ce que j’aime c’est les monstres ; une claque, un chef-d’œuvre qui a déjà raflé tous les prix (ou presque). Que ce soit par le graphisme, le scénario, les personnages ou les références, ce roman graphique est parfait. Ça ne me surprendrait pas du tout (et ce serait Ô combien mérité) si c’était celui-ci qui était désigné comme étant le meilleur album !

Mes quatre étoiles :

9782203121935FSAilefroide – altitude 3954 ; un roman graphique autobiographique très fort sur la fin de l’adolescence, la montagne, les rêves, l’espoir, la désillusion, etc. Jean-Marc Rochette y raconte sa jeunesse, lorsqu’il rêvait de devenir guide de haute montagne. Le graphisme est spécial, aussi brut et cassé que le récit. Un très bel album !

9791035201708-475x500-1À travers ; une BD muette très originale et pleine d’émotion malgré le graphisme minimaliste. On suit la vie d’un homme de sa naissance à sa mort, à chaque étape de sa vie. C’est délicat, subtil et bien pensé. Je le verrais bien en prix spécial du jury ; pour souligner la finesse du travail de l’auteur.

9782344011881-475x500-1.jpgIl faut flinguer Ramirez Tome 1 ; un polar déjanté (que fait-il dans la sélection officielle ?) qui reprend les codes des polars des années 60 pour les détourner et les remodeler totalement. Suivez Ramirez, un vendeur d’aspirateur muet qui serait aussi, semble-t-il, le plus grand criminel de tous les temps. C’est frais, drôle et bien pensé ! L’album vient de recevoir le prix des libraires canal BD et je le vois bien rafler aussi le prix du public.

9782505071853FSMalaterre ; une BD que j’ai beaucoup aimée, qui possède une très grande force narratrice, surtout pour dépeindre la relation père-fils. On suit la vie d’un homme aux rêves démesurés, prêts à tout pour les réaliser. Sans prendre conscience qu’il écrase dans le même temps chaque personne qu’il rencontre ou qui vit avec lui. Un excellent album ! Je vois bien le prix du public soit pour Il faut flinguer Ramirez, soit pour celui-ci.

9782330108373-475x500-1Les Rigoles ; un album au graphisme très particulier, plein de couleurs et de textures pour décrire une nuit dans le quartier des Rigoles, au côté de plusieurs jeunes de différents milieux sociaux. C’est très intéressant, très instructif mais aussi très dense et psychédélique. La critique sociale et juste, pour autant je ne suis pas sûre que ça parle à tout le monde.

9791026813941-475x500-1Royal City Tome 2 ; le premier m’avait convaincue mais j’attendais la suite, le second m’a complètement captivée (alors même que l’on revient sur le passé des personnages et qu’il ne fait pas avancer directement l’histoire). Une ambiance typiquement états-unienne où la ville est un personnage à part entière qui emprisonne et asphyxie le reste des protagonistes. Fascinant !

Et les autres :

9782844146700-475x500-1Alice dans le Sussex ; moui, je dois dire que je ne sais pas trop quoi en penser de celui-ci qui réinterprète à sa sauce Alice aux pays des merveilles.  On retrouve le côté loufoque et déjante… peut-être même un peu trop. La BD se lit bien, elle a quelque chose de fascinant lors de la lecture mais on en sort comme on y est entré. Et à la fin reste cette question : finalement, tout ça pour quoi ? Vite lu, vite oublié, hélas.

9782369120476-475x500-1Bezimena ; je vois bien toutes les qualités de cette BD tant sur le fond que sur la forme mais de prendre pour protagoniste un pédophile et d’essayer d’expliquer ses pulsions… ce n’est pas pour moi. J’ai été terriblement mal à l’aise tout au long de la BD et je me suis sentie soulagée de la terminer. Beaucoup trop dérangeante. L’idée même d’érotiser les fantasmes d’un pédophile me glace. Une grande BD je pense mais clairement pas pour moi…

9782344026113-475x500-1Blue Giant Tome 3 ; une série de manga très sympathique sur le jazz et un ado japonais qui, de nos jours, souhaite devenir un grand jazzman. Blue Giant fait découvrir des chanteurs et compositeurs peu connu et la série met en lumière un style musical pas souvent évoqué (surtout en manga) mais je trouve le traitement too much, hélas. Trop shonen. Avec des expressions et des réactions sur exagérée. J’ai bien aimé, je lirai cette série jusqu’au bout mais j’aurais préféré quelque chose de plus sensible.

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Bolchoï Arena Tome 1 ; le scénario, les personnages et l’univers ont un sacré potentiel mais ce premier tome ne m’a pas entièrement convaincue. Heureusement, la fin rehausse tout ça (même si elle est assez attendue). Tout manque d’épaisseur, de profondeur, jusqu’au graphisme un peu trop effacé et pâle qui ne m’a pas permise de me sentir impliquée dans l’histoire.

9782205077834-475x500-1Charlotte impératrice Tome 1 ; une BD pour laquelle je n’attendais rien et qui m’aura surprise en bien ! Ce n’est certes pas la BD de l’année, le scénario reste classique et le graphisme aussi mais j’ai aimé le traitement qui évite pas mal de cliché et qui replace bien le contexte historique. Une bonne surprise donc !

9782369902485-475x500-1Courtes distances ; typiquement le genre de BD qui se veut (et qui est sans doute) très profonde, contemplative, pleine de douleur, de douceur et de sous-texte mais dont je suis passée totalement à côté. J’ai trouvé ça long, creux et ennuyant. J’ai très vite accroché aux personnages pourtant… et puis l’histoire tire, tire, tire en longueur sans qu’il ne se passe rien. Alors au bout d’un moment, j’ai lâché.

9782070599769-475x500-1Claudine à l’école ; bon, je sais que c’est l’adaptation d’un roman, c’était une autre époque, tout ça, tout ça, mais alors j’ai détesté cette BD. Tout dans le (mauvais) jugement, les clichés, les (soi-disant) bonnes mœurs et les hypocrisies. Une femme qui couche avec plusieurs gars ? Oh mon Dieu la trainée ! Surtout qu’elle se fait aussi entretenir par une femme. Quelle manipulatrice ! Et vas-y donc que je rabaisse, que je commente, que je me rebelle faussement, que je fasse ma fille (avec tout ce qu’il y a de péjoratif dans l’idée, parce que tout le monde sait qu’une fille ne parle que de garçon, de vêtement et déteste ses rivales, tout en étant frivoles et hystérique)… c’est totalement à l’antithèse de mes valeurs ! Qu’est-ce qu’elle m’aura gonflée celle-là durant ma lecture !

9782369902560-475x500-1Deux femmes ; une BD intéressantes qui donne le point de vue de deux femmes avant et après leur rencontre. La manière dont elles évoluent par rapport à leurs rêves et leurs envies. C’est simple et plutôt bien fait mais alors qu’est-ce que c’est déprimant sur la condition de la femme et le poids des traditions ! Ça vaut pour la Corée ici mais ça fait aussi pas mal écho à notre culture occidentale…

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Les grands espaces ; un beau regard sur l’évolution de nos campagnes, avec quelques critiques bien sentie. C’est doux mais un peu trop simple. Et bien que l’autrice ait eu une enfance intéressante et pleine de vie et d’aventure, j’avoue que ça me lasse un peu de voir ces récits de jeunesse nostalgiques. Clairement, ce n’est pas la BD la plus percutante de Catherine Meurisse.

9782754823982-475x500-1.jpgIndélébiles ; un très bel hommage à Charlie Hebdo. Luz raconte ici ses premiers pas dans le magazine, comment se passaient les bouclages, les reportages, les sorties, etc. C’est fort et très intéressant.

 

9782916254654-475x500-1Kimi le vieux chien ; une très belle BD, au graphisme incroyable et à l’ambiance très bien marquée, mais alors Ô combien déprimante ! On suit ici un vieux chien qui cherche un coin tranquille pour finir sa vie et qui, au gré de ses balades et de ses égarements, philosophe sur la vie, la place de la vie et de l’homme dans le monde, sur la mort et sur la dépression. On a connu plus gai x)

9782889230693-475x500-1Lune du matin ; une BD fascinante à lire, dont les pages se tournent toutes seules et pourtant, comme souvent, on se rend rapidement compte que l’on reste simple spectateur de l’histoire et qu’il nous manque ce petit truc qui ferait que l’on serait à fond dedans. J’ai aimé le ton mélancolique, les personnages, l’histoire mais j’ai eu l’impression de survoler tout ça. Dommage…

9782369902522-475x500-1Pittsburgh ; graphiquement c’est hyper intéressant, ingénieux et très beaux. Mais l’histoire est une énième autobiographie d’un jeune qui quitte ses parents et sa ville déprimante des États-Unis pour trouver mieux ailleurs et qui fait ici une introspection de sa vie. J’ai l’impression d’avoir déjà lu ça 100 fois, c’est un peu indigeste à la fin. Dommage parce qu’il y a une vraie recherche dans le graphisme.

9782205078022-475x500-1Renaissance Tome 1 ; bon, je suis surprise qu’il soit dans la sélection. C’est certes une BD SF intéressante qui propose un point de vue assez original sur l’arrivée des extraterrestre sur terre mais il ne faut pas non plus se leurrer, ça reste quand même très classique tant dans le scénario, que les personnages, l’ambiance ou le dessin. Pourquoi ça ne se passerait pas au Bénin avec des extraterrestres non-humanoïdes pour une fois ?

9782377311040-475x500-1.jpgServir le peuple ; graphiquement Servir le peuple est très intéressant, il y a même un côté fascinant dans le trait à la fois érotique et anachronique. Mais l’histoire d’amour entre ce jeune soldat communiste et la femme d’un général manque de profondeur. Je n’y ai pas cru, hélas. Je ne sais pas si c’est parce que tout va trop vite ou si c’est parce que finalement, les personnages restent assez caricaturaux.

9782848410456-475x500-1Sous la maison ; j’avoue que je n’ai pas tout compris. Un peu trop perché pour moi sur l’Éveil, la Voie et autre. Au début, je pensais que c’était une métaphore de la drogue mais apparemment non. Une lecture qui m’aura laissée totalement perplexe tant par le graphisme psychédélique que par le scénario obscur… Pas mauvais mais pas génial non plus.

9782809471083-475x500-1Wonderland Tome 3 ; une série de manga qui s’améliore à chaque tome ! Je suis ravie que la sélection lui donne une mini-chance d’être un peu plus connue. Alors que les deux premiers tomes donnent l’impression d’être un survival pseudo horreur adolescent classique, dès le troisième tome se met en place un vrai fond où on se rend compte que tout est bien pensé et que tout se tient. Une série à laquelle il faut donner sa chance !

Angoulême et moi partie 1 – Jeunesse et polar

Le festival d’Angoulême, c’est toute cette semaine et comme chaque année, les BD lauréates vont être annoncées ce weekend. Petit tour des sélections et de ce que je pense des BD que j’ai pu lire !

La sélection jeunesse et moi : 6/10 de lus

Je dois avouer qu’en 2018 je n’ai pas eu beaucoup de coups de cœur sur des nouveautés jeunesse, j’ai trouvé l’année plutôt… moyenne de manière générale dans ses parutions. Je n’attendais donc pas grand-chose de cette sélection jeunesse et je ne peux pas vraiment dire si je suis d’accord ou non avec cette dernière (tant qu’il y a bien l’Atelier des sorciers et Le prince et la couturière, bien sûr). Ah si, je regrette juste qu’il n’y ait pas Bergères Guerrières Tome 2, ou Aubépine qui auraient totalement eu leur place.

Mon chouchou :

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Le prince et la couturière ; qui vient de remporter le prix jeunesse, ce qui me rends JOIE ! Cette BD est une ode à la tolérance, au respect et à la bienveillance. Elle mérite vraiment ce titre pour toutes les valeurs qu’elle transmet à travers l’histoire de ce prince qui aime porter des robes et de cette couturière qui va l’aider dans sa passion peu commune.

Les Quatre étoiles :

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L’atelier des sorciers ; un très beau manga tant dans l’ambiance, les personnages, le scénario que le dessin. Une aventure pour les fans de magie à la Harry Potter ou Gardiens des Cités Perdues !

 

9782897770433-475x500-1Calfboy ; bon, j’ai du mal à comprendre pourquoi il est dans la sélection jeunesse (et pourquoi, à l’inverse, Claudine est dans la sélection officielle) mais ce n’est qu’un détail. C’est une BD très drôle que j’ai pris beaucoup de plaisir à lire sur un cowboy qui, ivre mort, va enterrer son butin. Sauf que le lendemain, au réveil… il a totalement oublié où il a bien pu enterrer son trésor. C’est simple mais frais et très bien mené !

Et les autres :

9782377310494-475x500-1Stig & Tilde Tome 1 ; une aventure très sympa mais qui manque peut-être de profondeur notamment dans le caractère des personnages (même si ces derniers s’étoffent dans le tome 2). On suit un frère et une sœur échoués sur une île déserte apparemment hantée. Sympa mais pas forcément facile d’accès pour des lecteurs jeunesse plutôt habitués à un graphisme et une aventure-humour dans la lignée des Légendaires.

9782897770402-475x500-1Crevette ; une histoire qui aurait pu être mignonne et rigolote mais qui m’a crispée. C’est vrai quoi, pourquoi prendre pour personnage principal une fille maladroite qui pleure tout le temps et adore faire le ménage et la cuisine et n’est pas assez intelligente toute seule pour passer son examen de magie ? Pas très engagé tout ça… Une BD trop facile pour moi et à l’antithèse de mes valeurs.

9782822225649-475x500-1Wonder Pony Tome 1 ; j’ai eu beaucoup de mal avec celle-ci aussi. Mièvre, facile, convenue, vue et revue, avec une colorisation peu convaincante et des personnages assez clichés. C’est dommage d’avoir pris le parti d’une histoire aussi facile et niaise alors que le scénario aurait pu être étoffé et proposer une vraie aventure. L’idée d’une collégienne super-héroïne avec la force d’un poney aurait pu être très drôle. Là, ça tombe juste à plat.

La sélection polar et moi : 3/5 de lus

Là, je dois avouer que je suis totalement perplexe ! Bon, je n’ai pas lu deux des cinq titres sélectionnés mais quand j’ai vu les résultats, j’en suis tombée des nues. Avec tous les excellents polars sortis cette année, ce ne sont vraiment que ceux-là qui ont brillé aux yeux du jury d’Angoulême ? Vraiment ?

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Gramercy Park ; à choisir ce serait ce titre-là qui sortirait comme étant mon « préféré » des trois que j’ai lu, bien que « préféré » soit un terme tout relatif. On suit une femme qui a racheté un toit d’immeuble pour y installer des ruches. Mais n’aurait-elle pas un autre but en s’installant ici ? L’histoire est efficace, la narration prenante mais le tout reste très classique et les personnages manquent un poil d’épaisseur.

9782366243208-475x500-1Les visés ; une BD intéressante et originale sur la tuerie de 1966 à Austin, au Texas. L’auteur prend le parti (risqué) de s’immerger dans la tête du tueur quelques jours avant les faits. Une idée pertinente donc, mais la manière de traiter tout ça est trop éparpillée. Le décalage entre un graphisme très froid et une narration (ainsi qu’un sous-texte) plus virulent et halluciné m’a semblé trop grand pour que je sois entièrement dedans. Intéressant donc mais pas le plus percutant malgré le sujet choc.

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Villevermine Tome 1 ; pour le coup, je n’ai pas du tout aimé ce titre (mais étrangement, je le sens bien parti pour avoir le fauve Polar). L’humour est tombé à plat, les personnages ne m’ont pas intéressée et l’histoire m’a parue un peu trop capilotractée, le scénario surjoué. On suit un homme qui a le pouvoir de parler aux objets (ok, ça c’est plutôt cool) vivant dans une ville abjecte qui va se trouver au milieu d’un espèce de complot monstrueux instigué par un savant fou. Too much pour moi hélas.

[BD] Un monde en pièce

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Auteurs :
Ulysse et Gaspard Gry
Éditeur : Presque Lune
Nombre de pages : 112

Et si notre société n’était qu’un gigantesque plateau d’échecs ?

Oubliez la France, les États-Unis ou la Chine ; dans Un monde en pièces, les pays sont remplacés par des jeux de plateaux. Le jeu de Dame vient de s’effondrer, de nombreuses Dames émigrent vers le plateau d’échec pour sauver leur vie. Sur ce même plateau, une révolte est en cours, menée par les Fous, pour faire tomber le Roi et changer le système.

Un monde en pièces est une BD d’anticipation politique totalement déroutante et originale. Nous sommes ici à New-Ébène, une des capitales du plateau d’échec. Ici, chaque pièce est à sa place : le Roi trône dans son palais aux côtés des Tours, ses ministres. Les Cavaliers sont chargés de l’ordre et les Pions sont les petites mains du plateau, travaillant dur pour espérer une promotion qui les sortirait de leur condition précaire. Depuis la mort de la Reine, les inégalités s’accentuent, les Cavaliers sont débordés et le Roi s’est détourné de ses fonctions. Pour couronner le tout, les Fous ont pris la tangente et créer un mouvement révolutionnaire dans l’espoir de faire tomber le Roi pour renverser ce système injuste. Une situation politique compliquée et explosive à laquelle s’ajoute l’arrivée des Dames, fuyant leur plateau en déperdition.

planchea_337774Dans une ambiance des années 60, Ulysse et Gaspard Gry proposent une relecture brillante de notre propre actualité. Tout y passe : politique d’immigration, inégalités sociales, racismes, révoltes citoyennes, corruption… Rien n’échappe à l’œil acéré et piquant des auteurs. Tout se tient et plus on avance dans la lecture, plus on sent que le scénario est maîtrisé.
Les personnages semblent tous corrompus, pétris d’orgueil et de défauts ; mais ce sont justement ces caractéristiques peu reluisantes qui les rendent si réalistes et attachants. Plus ils évoluent, plus leurs réactions prend sens. À chaque page qui se tourne, la tension monte, monte, monte, implacable, étouffante,  feutrée, et l’on se demande jusqu’où les personnages tiendront et jusqu’où vont aller les auteurs.
Cette ambiance noire et prenante, particulièrement bien marquée doit beaucoup au graphisme. S’il peut sembler déroutant et dense au premier regard, il est en réalité parfaitement adapté à l’atmosphère asphyxiée qui se dégage de cette société. Le dessin en noir et blanc joue beaucoup sur les ombres et la perspective, souvent exagérée permet d’appuyer le côté écrasant des personnages, de la ville et de leur destin.

En s’appuyant sur le monde des échecs, les auteurs ont pris un sacré paris. Mais un pari réussi haut-la-mains lorsque l’on voit avec quelle fluidité on lit cette BD. Que l’on soit ou non amateur d’échec, chaque référence ou jeu de mot qui parsème le texte (ou le dessin) est un pur plaisir et étoffe un peu plus la société (re)créée par les auteurs.

Mêlant corruptions, manipulations, crimes mafieux, chasse aux migrants et montée du totalitarisme, Un monde en pièces est un thriller noir implacable, ingénieux et novateur. Toute notre société y est décrite avec cynisme et justesse et c’est avec autant de plaisir que d’effrois que l’on suit les complots et les coups bas de cette société asphyxiée.
Ne passez pas à côté de cette pépite !

En trois mots : Réfléchi. Cynique. Excellent.

[BD] Moi ce que j’aime c’est les monstres

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Autrice : Emil Ferris
Éditeur : Monsieur Toussaint Louverture
Nombre de pages : 416

Karen Reyes, dix ans, vit avec sa mère et son frère dans un appartement en sous-sol d’un immeuble de Chicago. Un 14 février, une de ses voisines est retrouvée morte, la police conclut à un suicide. Mais ce matin-là, Karen a bien vu une ombre dans l’appartement d’Anka, elle est persuadée que sa voisine a été assassinée. Elle va dès lors mener l’enquête de son côté, remuant les secrets de l’immeuble pour résoudre cette sombre histoire.

En ouvrant ce roman graphique, dépassez vos préjugés. Ne vous fiez ni au graphisme inattendu, ni au trait de stylo bille, ni à la colorisation particulière, ni à l’absence de repères habituels en BD, ni au titre. Car oui, cette BD est un pur chef-d’œuvre ! Voyant tous les éloges qu’elle suscitait, je suis partie méfiante, réticente, presque agacée d’avance. Et les premières pages me donnaient raison, l’ambiance est étrange, trouble, on ne comprend pas tout, c’est fantastique ? Réaliste ? Mais c’est quoi cette chose ?!
Et puis, passées les quinze, (vingt ?) premières pages particulières qui posent le décor et la psychologie de Karen, je me suis retrouvée transportée. Prisonnière de ces 416 pages que je me suis enfilée d’un seul coup.

9791090724471_pgNous avons ici trois niveaux d’histoires imbriquées les unes dans les autres. Le texte est avant tout le journal intime de Karen (ce qui explique les pages version feuille à carreau d’écolier et l’absence totale de bulles ou cases en tous genres), une jeune fille mal dans sa peau, harcelée à l’école, qui souhaiterait être un monstre pour disparaître dans la nuit. On suit sa vie au quotidien, ses échanges avec sa famille, sa relation avec son frère, les autres élèves de sa classe, sa passion pour l’art et les bizarreries.
La seconde histoire est l’enquête même que mène Karen. Car l’une de ses voisines est décédée mais malgré ce qu’en pense la police, Karen est persuadée que ce n’est pas un suicide. Qui aurait pu tuer Anka, sa belle et douce voisine ? Et surtout, pourquoi ?
Quant à la troisième partie de l’histoire, elle nous présente la vie d’Anka, sa jeunesse dans l’Allemagne nazie, sa fuite jusqu’aux États-Unis.
Je n’en dirai pas beaucoup plus sur l’histoire, ce serait dommage de trop en dévoiler. Sachez juste que ce roman graphique est gorgé de thématiques extrêmement intéressantes (la famille, l’Art, la tolérance, l’identité, l’ouverture d’esprit, la résistance, etc.) toutes traitées avec justesse et profondeur. Le texte est tour à tour drôle, touchant, grave, fascinant, sensible, intelligent.

Quant au graphisme, s’il peut paraître étrange, disproportionné, voire laid, pour certains habitués à des traits plus classiques (des graphismes à la Lepage, Andreae ou Tarquin), il est en réalité parfait pour l’ambiance et la psychologie des personnages. Plus l’histoire avance et moins l’on y prête attention tant il est pertinent et réfléchi. Le travail d’Emil Ferris au stylo bille apparaît vite comme incroyable et impressionnant, plein de détails et de sous-texte. La lecture est peut-être moins intuitive ici que sur une BD ou un comics classique mais on s’y adapte très vite à la lecture, comprenant qu’il n’y a plus vraiment de code et que c’est nous qui déterminons l’ordre et le sens de lecture pour certaines planches.

Moi ce que j’aime c’est les monstres est un roman graphique exceptionnel, sombre et haletant, qui parcourt avec brio les méandres de la psychologie humaine. Mélange de sociologie, d’historique, d’humain, de policier, c’est une BD complète et extraordinaire. En refermant ce roman graphique, on sait que l’on vient de lire une œuvre majeure. Reste à espérer que la seconde partie sera toute aussi dense et exceptionnelle !
À lire, à relire et à faire découvrir !

En trois mots : Magistral. Complet. Superbe.

2018 – Le Bilan romans

Après un bilan des Bulles assez positif, place au bilan des romans…

Bon, là, c’est désastreux. Seulement 44 romans lus en une année. C’est la première année que je ne dépasse pas les 60. Même pas les 50, c’est dire ! Le seul point positif sont les deux livres de non-fictions lus (un témoignage et un essai) ; genre que je lis pour la première année. Pour le reste… Et en détail : c’est la littérature francophone contemporaine qui fut le plus lu cette année (13 romans), suivi de près par la littérature YA anglophone (10 romans). Ensuite vient le YA francophone (5 romans) et la SFFF anglophone (4 romans). Le reste est anecdotique (1 roman africain, 2 romans anglophone contemporains, 1 roman italien, 1 suédois, 2 romans anglophones classiques, etc.).
Deuxième objectif de l’année 2019 donc : arriver à concilier mes lectures Bulles pour le boulot avec des lectures de romans. L’idéal serait d’arriver à 50 minimums lus en une année, pour revenir sur une petite moyenne. Le mieux étant même les 60 ! 😮

Le top 3 des lectures de l’année :

  • La lune est à nous ; ce roman est une pépite. Une perle. Une ode à la tolérance, à l’acceptation de l’autre et au dépassement des préjugés.
  • Tropique de la violence ; un roman noir et fort sur la face cachée de l’île de Mayotte. Le titre annonce la couleur : c’est violent, sombre et superbe.
  • Kushiel Tome 1 ; un roman de fantasy dense, particulièrement bien écrit et bien pensé. Ça faisait un moment que je n’avais pas pris autant de plaisir à lire ce genre !

On retient aussi :

  • Auprès de moi toujours ; un roman étrange, à la fois dense et léger, simple et très réfléchi, lent et rythmé, attachant et surprenant. J’ai été conquise par cette histoire étrange, ces personnages hors du temps et cette écriture posée, contemplative et fouillée.
  • Calpurnia Tomes 1 et 2 ; une série jeunesse magnifiquement écrite et passionnante, qui mêle féminisme, science, aventure et récit de vie. Une vraie réussite !
  • Chanson douce ; un roman glaçant sur une tragédie et ce qui a pu mener à cette tragédie. J’ai aimé le style froid et distancié et le mélange des points de vue. Ça met mal à l’aise tout au long de la lecture !
  • Détroit ; un thriller très bien mené dans l’une des ville les plus emblématique des États-Unis. C’est très prenant, les personnages sont très attachants et le scénario évite pleins de facilités pour notre plus grand plaisir !
  • L’ombre de nous-même ; un très beau roman sur la famille, le choix, la liberté et les femmes !
  • La perle ; un classique que je n’avais toujours pas lu qui dénonce avec brio l’avidité de l’être humain. Hélas toujours d’actualité…
  • La tresse ; alors certes le récit et simple et l’histoire convenue mais j’ai pris un grand plaisir à découvrir l’histoire de ces trois femmes, liées par quelques cheveux, à des niveaux biens différents.
  • Le jour d’avant ; une fois encore, Sorj Chalandon m’a convaincue. On retrouve cette ambiance particulière et presque malaisante qu’il sait si bien mettre en place, portée par des personnages originaux mais très attachants.
  • Le monde en stop ; un très beau témoignage qui donne envie de tout plaquer, prendre son sac à dos et de partir sur les routes !
  • Le puits des mémoires Tome 3 ; un excellent dernier tome qui clos parfaitement cette trilogie. Gabriel Katz aura réussi à éviter (ou détourner) les clichés jusqu’au bout pour notre plus grand bonheur. J’aurais passé de très bons moments aux côtés des trois compères !
  • Libération ; du Patrick Ness tout craché : c’est fin, bien pensé, réaliste et ça parle de sujets de sociétés pas toujours évidents ou pas toujours traités. Des personnages très attachants !
  • On achève bien les chevaux ; un classique que je n’avais toujours pas lu. Et je dois dire que je ne m’attendais pas à ça. Un roman très intéressant, une critique sociale fine et toujours d’actualité.
  • peindre, pêcher & laisser mourir ; même si j’ai préféré le premier de l’auteur (La constellation du chien),  ce roman est très bon. On retrouve cette écriture sèche et rêche et des personnages taillés au couteau.
  • Point cardinal ; un très beau roman sur la transidentité et ses répercussions (sur soi ou sur ses proches).

2018 – Le Bilan des Bulles

Eh bien voilà, on a changé d’année. Bon, comme d’habitude, c’est avec un train de retard que je fais mon bilan et mon point sur l’année. Mais on peut considérer l’année comme « nouvelle » jusqu’en février, non ? 🙂

2018, j’en retiens quoi ?

Deux très beaux voyages, le premier de deux mois le second de trois semaines. Un CDI particulièrement bien arrangé dont je n’ai pas à me plaindre. De très belles rencontres (notamment en voyage mais pas que) et de très beaux moments avec les clients, les collègues ou les ami.es. Et 1001 autres petits moments agréables, doux, drôles, passionnants, etc. De manière générale, 2018 aura été une année étonnante, riche et enrichissante que j’ai personnellement beaucoup appréciée ! J’espère que 2019 se montrera aussi clémente !

J’ai donc ouvert ce blog, avec quelques difficultés. J’avoue que j’ignore si je vais le garder, j’aime beaucoup bloguer mais ça prend un temps fou dont j’ai peur de manquer. Mais je ne me projette pas, on verra bien au jour le jour ! Sinon, trêve de bavardages, 2018 aura donné quoi, question bulles ? 788 titres lus dans l’année. Un beau score même si j’en viens presque à regretter de ne pas avoir passé la barre des 800 x)
En détail, ce sont 316 BD ; 163 BD jeunesse ; 32 comics et 277 mangas de lus. C’est bien la première année que je lis autant de manga. Et je dois avouer que j’ai eu de belles surprises qui ont changé mon regard sur le genre. Il y a encore trois ans, j’aurais juré que tous les mangas étaient pourris et que je ne pouvais pas en lire parce que bon… voilà quoi. Aujourd’hui, bien que je préfère largement la BD (notamment le roman graphique, mais ne jouons pas sur les mots) je me dois de reconnaître qu’il y a une très belle diversité en manga et j’espère continuer mon exploration en 2019 ! Maintenant que je me suis mise au manga, prochain objectif : le comics de superhéros. Autant je lis un peu de comics indépendants, autant je n’ai aucune connaissance quant aux superhéros. Et pour une libraire spé BD… c’est moyen. Du coup, si je devais me fixer un objectif pour 2019 ce serait celui-ci : lire une trentaine de comics de superhéros. Pour le reste, on verra au fil de l’année x)

Le top 3 des lectures de l’année :

Les coups de cœur de l’année en BD (sorties en 2018) :

  • Ailefroide – Altitude 3954 ; un magnifique témoignage de l’homme face à la montagne !
  • Amour minuscule ; un récit très dense (même si la couverture pourrait laisser croire le contraire) et magnifique sur la famille, la religion, la tolérance, l’héritage…
  • Globules et conséquences ; un témoignage dur et sans concession sur la leucémie. Un ouvrage important bien que douloureux.
  • L’homme gribouillé ; un roman graphique dense, au scénario parfaitement maitrisé.
  • Les mauvaises herbes ; encore un récit de vie ! Et encore un récit de vie dur, sombre et désillusionné, mais incroyable et incroyablement fort. Une période de l’histoire à ne surtout pas reléguer aux oubliettes…
  • Malaterre ; un roman graphique fort, à la frontière du polar, dont la psychologie du personnage principal est particulièrement fine et réaliste. Une excellente critique sociale.
  • Moi en double ; un témoignage Ô combien important sur le corps, le rapport au corps et le rapport qu’à la société avec notre propre corps.
  • Vagin Tonic ; un ouvrage de vulgarisation scientifique autour de la vulve. Frais, lumineux et parfaitement bien écrit !

Les coups de cœur de l’année en BD jeunesse et en manga (sortis en 2018) :

  • Aubépine Tome 1 ; un BD intelligente et pleine d’humour !
  • L’atelier des sorciers Tomes 1, 2 et 3 ; un graphisme magnifique pour une série qui commence très, très bien. C’est doux, frais et passionnant !
  • Le prince et la couturière ; une ode à la tolérance à lire absolument !

Les coups de cœur de l’année en comics (sortis en 2018) :

  • Dept. H Tomes 1 à 3 ; un excellent thriller en huis-clos, dans les profondeurs marines !
  • I Kill Giant ; réaliste ? Fantastique ? Un comics très fin sur la peur, porté par une héroïne décalée et hyper attachante.
  • Klaus Tome 1 ; du badass à gros bras, certes, mais du très bon badass ! Redécouvrez l’histoire du Père Noël tel que vous ne l’auriez jamais imaginé !
  • Motor Girl ; un comics sur le traumatisme finement mené. Terry Moore nous balade tout du long pour notre plus grand plaisir. Attachant, ingénieux et pertinent !

Les suites coup de cœur (sorties en 2018) :

  • Azimut Tome 4
  • Bots Tome 2
  • Charlotte et moi Tomes 2 et 3
  • Epiphania Tome 2
  • Imbattable Tome 2
  • Jim Hawkins Tome 2
  • L’enfant et le maudit Tomes 4 et 5
  • Les vieux fourneaux Tome 5
  • Ninn Tome 3
  • Radiant Tomes 7 à 10
  • Sixtine Tome 2
  • Somali et l’esprit de la forêt Tome 4
  • SuperS Tome 4

On retient aussi (toutes dates de parution confondues) :

  • Amour, Djihad et RTT ; c’est drôle, (très) grinçant et particulièrement juste ! Une critique sociale à ne pas rater.
  • Aposimz Tome 1 ; un premier tome prometteur pour une série de SF à l’ambiance feutrée. On sent tout le potentiel du monde et des personnages, j’ai hâte de découvrir la suite !
  • Babybox ; une très belle BD sur l’adoption, la famille et l’identité. Toute en finesse, avec un graphisme simple et épuré.
  • Bleu amer ; une BD assez simple mais très bien faite, écrite un peu à la manière d’un carnet de bord. Une belle réflexion sur la « résistance » ou non, portée par un graphisme très chouette, très doux.
  • Beyond the clouds Tomes 1 et 2 ; un manga qui commence particulièrement bien, mêlant un univers steampunk à L’Histoire sans fin. Des personnages attachants, un monde qui semble réfléchis et qui donne envie d’être découvert ; un scénario somme toute classique mais pour l’instant très bien mené.
  • Bonjour l’angoisse ; une BD originale tant par la forme que le fond sur les dernières années de lycée et de l’adolescence. C’est frais, drôle et pertinent !
  • Charogne ; le polar rural de l’année ! Sombre à souhait !
  • Chromatopsie ; un recueil de nouvelles sur le corps, le genre et l’amour à ne pas rater ! Le ton bienveillant touche en plein cœur.
  • Chronoctis Express Tomes 1 et 2 ; un manga francophone sur l’au-delà, drôle, intelligent et bien mené. Les personnages sont très attachants, le monde est fouillé et on sent un gros potentiel pour l’histoire. Un excellent début !
  • Éclat(s) d’âme Tomes 1 à 4 ; une série de manga courte qui parle de l’identité, l’identité sexuelle et du genre. Le résultat est certes simple mais il reste avant tout bienveillant et très beau. Une série que je conseille fortement !
  • Jean Doux et le mystère de la disquette molle ; un polar complètement loufoque et barré mais hyper bien pensé !
  • Fétiche ; une superbe BD muette, entièrement réalisée au stylo bille !
  • Hiver Indien ; frais et délicat, une très belle BD sur la famille, la confiance et l’adolescence.
  • Il faut flinguer Ramirez Tome 1 ; le polar déjanté de l’année qui reprend tous les codes des polars des années soixante pour les réadapter à sa sauce. Et ça fonctionne à merveille !
  • L’Odyssée d’Hakim Tome 1 ; une BD reportage très bien faite sur les début de la guerre en Syrie et l’exil d’un syrien. Le ton est très juste, le sujet bien mené. J’ai hâte de voir les deuxième et troisième !
  • La croisade des innocents ; une BD très forte sur la liberté, la foi, la foi aveugle et l’enfance. Un conte sombre et mélancolique mais terriblement beau.
  • La gigantesque barbe du mal ; une très belle métaphore de la résistance !
  • La ligue des supers féministes ; un documentaire pour enfant, pour comprendre les bases du féminisme. Très bien fait, très bien pensé, le ton est juste et bien dosé. Une vraie réussite !
  • La plus belle femme du monde ; un très beau récit de vie sur une femme trop peu connue.
  • Le problème avec les femmes ; une BD fort instructive et très bien menée sur la place de la femme dans l’Histoire !
  • Les cent nuits de Hero ; un conte magnifique où s’imbriquent plusieurs niveaux d’histoires à la manière des mille et unes nuits. Un graphisme très rupestre mais qui correspond totalement avec l’ambiance !
  • Les filles de Salem ; une BD qi revient sur le procès des sorcières de Salem. Glaçant mais très bien fait !
  • Les rigoles ; une très bonne critique sociale de la jeunesse et du monde de la nuit. Surprenant dans la forme et les couleurs, mais extrêmement pertinent !
  • Made in Abyss Tomes 1 à 3 ; un manga qui semble tout chou tout mignon mais qui se révèle sombre et dur. Une belle descente aux Enfers !
  • Mondo Reverso Tome 1 ; une BD humoristique qui change les genre et pointe l’absurdité de certains clichés aposés aux femmes dans les BD, romans, films ou séries. Très bien fait !
  • Noise Tome 1 ; le nouveau polar de Tsutsui qui s’annonce aussi bon que les précédents.
  • Petit robot ; une BD jeunesse quasiment muette dont les personnages sont très attachants, le graphisme tout chou et l’histoire très sympa !
  • Pourquoi j’ai tué Pierre ; une BD autobiographique terrible ; un témoignage dur mais important.
  • Proies faciles ; un policier très bien ficelé, qui fait écho aux crises économiques actuelles.
  • Rat et les animaux moches ; un très beau conte sur la tolérance !
  • RIP Tome 1 ; un polar glauque à souhait, hyper rythmé aux personnages originaux et à l’anti-thèse des « héros » habituels.
  • Terra Australis et Terra Doloris ; deux BD passionnantes sur la colonisation de l’Australie !
  • Underwater Tomes 1 et 2 ; un manga en deux tomes sur la famille et les liens familiaux. Très délicat, très subtil, avec un graphisme très épuré. À la lecture, il m’a beaucoup fait penser aux œuvres de Taniguchi.

Décembre 2018 – Le Bilan

Noël c’est fini. Je revis !

Décembre est un mois à part dans le monde du commerce. On le travaille quatre mois à l’avance et après on a tellement la tête dans le guidon qu’on ne le voit même pas passer ! Heureusement que j’ai fêté Noël en janvier avec ma famille parce que je n’avais même pas pris le temps de faire mes cadeaux avant le 24… x)
Alors comment s’est finie l’année 2018 ? J’ai repris un rythme de lecture plus modéré, faut dire qu’en décembre il y a moins le temps, mais aussi moins l’envie de lire. Du moins pour ma part. 66 BD, mangas et comics lus, dont beaucoup de suites. Et ma grande déception de décembre : aucun roman. Pour le troisième mois d’affilé… Je n’ai pas eu la foi de m’y remettre, snif.

Des coups de cœur ?

Eh non. L’année se termine sans coup de cœur. De belles lectures et de belles découvertes mais aucune qui soit passée au-dessus, au point d’être un coup de cœur.

On retient quoi d’autre ?

  • La plus belle femme du monde ; une biographie très intéressante d’une femme aujourd’hui peu connue (et reconnue) qui fut la Marilyn Monroe des années 30-40 ; adulée par tout le monde pour sa beauté, on ne voyait en elle que la belle plante, la belle potiche, la belle affiche de cinéma. Alors même qu’elle fut à l’origine de l’invention qui donnera par la suite le wifi ! (Chronique à venir)
  • Golden Kamui ; Un manga qui mêle aventure, chasse au trésor, culture et nature. C’est beau, propre, les personnages sont très crédibles et l’ambiance est particulièrement bien rendue. J’ai surtout aimé le mélange entre action/aventure et point culture sur les Aïnous. Je n’ai pour l’instant lu que les trois premiers tomes mais je continuerai volontiers !
  • Le problème avec les femmes ; une BD très courte mais hyper bien faite pour montrer l’évolution du regard de la société sur la femme. Le ton est parfait, grinçant à souhait, et les exemples pertinents. Une excellente BD féministe !
  • Hilda ; Le premier tome ne m’a pas convaincu mais les quatre autres beaucoup ! C’est une belle fresque, un monde original et bien pensé. Hilda et sa maman sont très attachantes, leurs aventures toutes plus extraordinaires les unes que les autres. J’adore !
  • La ligue des super féministes ; une BD jeunesse qui explique le féminisme ? Et qui l’explique bien, avec bienveillance, respect et aucun cliché ? Que ça fait du bien !
  • Whispering ; Un manga tout doux, tout chou sur l’amitié et les relations humaines, le tout à travers deux personnages qui ont le pouvoir de parler aux objets. C’est simple mais très beau, très sain !
  • Pétales de réincarnation; Le premier tome ne m’avait pas du tout convaincue mais j’ai beaucoup aimé la tournure des suivants. Un manga assez classique mais franchement bien mené qui joue sur les talents des grands hommes pour en faire des pouvoirs assez originaux. Une sorte de x-men assez sympa qui revient sur les notions de bien et de mal, pas toujours de manière subtil mais de manière assez intéressante. Je suis curieuse de voir jusqu’où ça va aller.

Et les suites qui confirment de très belles séries : Starving anonymous Tome 2 ; Éclat(s) d’âme Tome 4 ; Les dragons de Nalsara Tome 2 ; Moi, quand je me réincarne en Slime Tome 6 ; Lost Children Tome 3 et Isabella Bird Tome 5.

Des Patate d’Or ?

Pas beaucoup mais quelques-unes quand même…

  • Little Witch Academia Tomes 1 et 2 ; un dessin brouillon, un personnage principal hyper agaçant. Le monde est intéressant mais ça m’a vite gonflée. Y a aucune profondeur, l’humour tombe à plat et les personnages ne sont même pas attachants. Un beau raté.
  • Alma Cubrae Tome 1 ; du potentiel mais trop introductif et flou. Es auteurs n’ont pas su se mettre d’accord entre le fait de beaucoup en dire pour introduire l’histoire et le fait de faire avancer l’action. Du coup on se retrouve avec une sorte de très long prologue qui balance mille infos mais ne montre finalement pas grand-chose. C’est dommage parce que pour une fois, c’est un premier tome qui évite pas mal les clichés (du genre les femmes dénudées qui se font violer au bout de trois scènes ou autre).
  • Wollodrïn Tome 1 ; boon, je donnerai une chance au moins au deuxième tome mais on est une fois encore sur une BD fantasy pétrie de clichés et de facilités avec des personnages caricaturaux et peu surprenants. Le graphisme sauve un peu la mise, c’est une des raisons qui me pousseront à continuer. Mais nuls doutes que je ne lirai pas les 10 tomes…
  • La pension Moreau Tome 2 : comme le 1 je n’ai pas du tout apprécié. C’est malaisant, malsain, l’histoire va beaucoup trop vite et manque de crédibilité.

Et pour la suite ?

Ça y est, Noël est passé, j’espère pouvoir être plus présente par ici mais on verra. Si je pouvais au moins publier tous les billets de retard que j’ai, ce serait un bon début. Et puis ensuite commencer à proposer autre chose que des chroniques ? J’aimerais beaucoup !

[BD] Elle s’appelait Sarah

9782501132657-475x500-1
Auteurs :
Pascal Bresson et Horne
Éditeur : Marabout (collection Marabulles)
Nombre de pages : 208

Deux époques, deux Paris différents, deux récits entremêlés. Le premier en 1942 sur la famille Starzinsky, une famille juive victime de la rafle du Vel’ d’Hiv. Le second en 2002 sur Julia Jarmond, une journaliste américaine qui enquête sur la rafle du Vel’ d’Hiv pour un article.

Le récit commence en juillet 1942, de nuit, chez les Starzinsky. Deux hommes de la police débarquent chez eux et emmènent le père, la mère et leur fille, Sarah, jusqu’au Vélodrome d’Hiver au côté de 13 149 autres juifs. Ils seront parqués là un temps, dans des conditions abominables, jusqu’à être déportés dans l’un des camps de concentration français.
En parallèle, le récit suit Julia Jarmond, une journaliste américaine mandatée par son journal Scène Seine pour écrire un article sur la rafle du Vel’ d’Hiv, soixante ans après. Les deux histoires n’auront de cesse de se croiser et de s’entremêler jusqu’au dénouement final.

elle-sappelait-sarahpage37-555x736Je n’ai pas lu le roman de base de Tatiana de Rosnay ni vu l’adaptation cinématographique, c’est donc avec un œil totalement neuf et neutre que j’ai commencé cette BD. On suit ici deux histoires en parallèle, liées par le même sujet : la rafle du Vel’ d’Hiv. L’un des plus terribles épisodes de l’histoire française dont on parle pourtant (trop) peu. Le sujet de base m’intéressait énormément, j’étais très curieuse de découvrir cette BD. Peut-être que j’en attendais trop ? Toujours est-il que j’ai bien aimé cette BD mais que je n’ai pas réussi à autant entrer dedans que ce que j’aurais souhaité.
Le graphisme m’a tout de suite attirée et sur ce point-là, rien à dire. C’est beau, c’est propre, c’est clair. J’ai aimé le jeu des couleurs lors de l’époque de Sarah, les « méchants » représentaient comme des ombres floues. Ce rendu sépia qui pose bien l’ambiance et nous transporte à l’époque de la guerre. On sent le côté sale, triste et miséreux mais sans que ce soit too much. Bravo au dessinateur qui a su trouver le bon trait et la bonne colorisation !
Pour moi, c’est plutôt le scénario qui pèche. Outre le côté assez convenu et attendu du déroulement, ce sont surtout les dialogues qui m’ont sortie de ma lecture au fil de la BD. Notamment lors des passages sur Sarah. J’ai trouvé les échanges très froid, superficiel et peu naturels, surtout de la part d’une enfant et tout au long de ma lecture, ça m’a empêchée de me sentir entièrement absorbée par l’histoire. La partie sur Julia fait plus naturelle mais là, c’est le personnage qui m’a un poil agacée. Je l’ai trouvée un peu trop fade pour une BD traitant d’un tel sujet. Malgré tout, la partie sur Julia m’a vraiment donné envie de plus me renseigner sur le sujet et m’a fait prendre conscience de la grande ignorance que nous avons alors même qu’il s’agit d’un élément de notre propre histoire (et pas si ancien que ça !)

Une lecture en demi-teinte donc, pour ma part. Autant j’ai aimé le graphisme, autant je n’ai pas été surprise par le scénario et je ne me suis pas sentie particulièrement impliquée. Ça reste une lecture que j’ai apprécié mais pas autant que je l’espérais.

En définitive une BD classique mais efficace sur un sujet fort dont on parle peu, qui trouvera son public, même si de mon côté elle ne m’a pas entièrement convaincue. Un peu trop superficielle à mon goût, hélas.

En trois mots : Intéressant. Convenu. Documenté.

NB : Un grand merci à l’opération Masse Critique de Babelio et aux éditions Marabulles pour l’envoi de cette BD !

Les p’tits vendredis

Une nouvelle petite sélection d’albums jeunesse, dont deux de circonstances vu la saison.

  • Perdus dans la neige

9782362900433-475x500-1Auteur : Matthew Cordell
Éditeur : Le Genévrier
La neige tombe. En rentrant de l’école, une petite fille se perd dans la tempête. Dans le même temps, un jeune loup s’y perd aussi. Et tous deux se rencontrent…
Perdus dans la neige est un très bel album jeunesse, quasiment muet au graphisme crayonné très vivant. L’histoire est toute belle, très poétique, et même sans la moindre parole on s’attache tout de suite à ces deux personnages perdus qui vont chacun s’entraider pour rentrer chez eux. Une belle histoire dans un très bel objet livre à lire au chaud sous la couette.
Dès 3 ans.

  • N’oublie pas ton chapeau

9782374080314-475x500-1Auteurs : Simon Philip et Kate Hindley
Éditeur : Little Urban
Un petit garçon est invité à une fête. Attention, pas n’importe laquelle, la plus grande fête de tous les temps. La seule condition pour participer ? Apporter un chapeau. Mais voilà, catastrophe !, le petit garçon n’a pas de chapeau et le chapelier est en rupture. Comment faire pour se rendre à cette fête malgré tout ?
Voilà un album jeunesse qui joue sur le principe d’accumulation dont la fin, très bien trouvée, ravira les plus petits. Un album irrésistible et loufoque, qui joue sur un enchaînement de situations plus absurdes les unes que les autres, c’est fou-fou-fou, avec une chute délicieuse. Le graphisme très coloré et expressif plaira à coups sûrs !
À lire dès 3 ans.

  • Bientôt l’hiver

9782362900914-475x500-1Auteur : Voutch
Éditeur : Le Genévrier
C’est l’automne. Les feuilles tombent, les jours deviennent plus courts et les nuits de plus en plus fraîches. L’hiver approche. L’écureuil le sait et cela l’inquiète un peu pour ses réserves. Comment savoir si l’hiver sera long ? En demandant à Monsieur Hibou peut-être ?
Bientôt l’hiver est un album très rigolo qui, là encore, joue sur le principe d’accumulation. La chute est excellente  parfaitement inattendue pour qui ne connaît pas ce petit conte. Le graphisme très simple et rond rend ce petit écureuil et Monsieur Hibou carrément attachant.
Une histoire qui plaira dès 4 ans.

  • L’invitation

9782352413721FSAuteurs : Loïc Dauvillier et Monia Lyorit
Éditeur : Frimousse
Génial, notre héros est enfin invité à la fête de Gwen. Et être invité par Gwen, c’est aussi chouette que de monter dans le vaisseau de Chewbacca. Il n’a qu’une hâte : y être et s’amuser avec ses amis. Mais voilà que patatras ! Quand il ouvre son carton d’invitation il ne s’attendait pas à lire cette petite phrase : « n’oublie pas ton maillot de bain ! ». Sauf que voilà : notre petit héros à peur de l’eau et des éclaboussures. Mais si ses copains le savent, nul doute qu’ils vont se moquer de lui. Cette idée le ronge, il en cauchemarde la nuit. Et si finalement il n’y allait pas à cette fête ? C’est encore le moyen le plus simple, non ?
Et si on arrêtait de se mettre la pression et de se faire des montagnes « d’un rien » ? C’est ce que propose cette jolie BD à travers une belle métaphore sur la confiance en soi et la confiance que l’on accorde au regard des autres sur nous-mêmes. L’invitation revient sur la peur et la manière de la surmonter, le tout avec un récit très simple et touchant qui parlera à bien des enfants. Un récit très doux, léger dans le ton (même si le fond l’est moins), au dessin coloré et humoristique qui délivre un beau message.
Une belle leçon de vie à lire dès 6 ans.