Les p’tits vendredis

Le rayon jeunesse regorge de trésors plus ou moins connus. J’aime particulièrement me perdre dans les albums jeunesses, dont les graphismes et les thèmes sont incroyablement variés. On trouve de tout : de l’humour, de l’aventure, de la poésie, de la couleur, du noir et blanc, du caricatural, du détaillé, du minimaliste…
Certains vendredis, lorsque le temps et l’envie seront au rendez-vous, je vous présenterai donc trois ou quatre albums jeunesses coup de cœur, connus ou non, récents ou non, qui me semblent incontournables !

Sans plus attendre, voici donc ma première sélection des p’tits vendredis :

  • Le pêcheur et le cormoran

9782877677646FSAuteur : Stéphane Sénégas
Éditeur : L’École des Loisirs – Kaléidoscope
Chaque jour, un pêcheur solitaire vient sur le lac attraper des poissons. Un matin, alors qu’il pêche paisiblement, un cormoran s’approche de sa pirogue… c’est le début d’une belle histoire entre l’homme et l’oiseau.
Le pêcheur et le cormoran est un album jeunesse magnifique. L’histoire très poétique est servie par un superbe graphisme en noir et blanc, épuré, détaillé, qui n’est pas sans rappeler les estampes japonaises. L’objet-livre en lui-même est très travaillé, en format à l’italienne avec dos toilé. Un superbe album à découvrir absolument qui plaira autant aux enfants qu’aux parents. À lire dès 4 ans.

  • C’est l’histoire d’un éléphant

9782848655055FSAuteurs : Agnès de Lestrade et Guillaume Plantevin
Éditeur : Sarbacane éditions
La couverture annonce la couleur, cet album est sous le signe de la bougonnerie !
C’est l’histoire d’un éléphant qui n’est vraiment pas content parce qu’il a mal dormi cette nuit à cause d’une chauve-souris qui a fait du bruit toute la nuit au-dessus de son lit. Pris par sa mauvaise humeur, il va mal se comporter avec un singe. C’est donc l’histoire d’un singe qui n’est pas content à cause d’un éléphant qui n’était pas content…
Voilà un album jeunesse qui joue sur le principe de répétition et d’exagération, jusqu’à la chute inattendue et très drôle qui nous ramène au début. Le genre d’histoire sans fin qu’on aime lire en boucle pour le plaisir. Le graphisme très rond et coloré appuie totalement le côté humour frais décalé et rend les animaux très expressifs.
Une histoire hyper drôle qui plaira aux plus petits dès 3 ans.

  • La petite grenouille qui avait mal aux oreilles

9782878334913FSAuteur : Voutch
Éditeur : Circonflexe
Rien ne va plus pour la petite grenouille, voilà qu’elle a mal, très mal, aux oreilles ! Et elle a beau passer de spécialistes en spécialistes, pas un n’est en mesure de la soigner ! Houyouyouye ! Qu’est-ce qu’elle peut bien avoir cette pauvre grenouillette ?
Un album très drôle, au graphisme très expressif, rempli de jeux de mots et d’expressions détournées. Du pur Voutch ! La chute est totalement inattendue et vraiment chouette. Un album qui plaira aux enfants (et aux plus grands !) dès 3 ans !

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Challenge Pavé de l’été

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Je fais partie de ces personnes qui adorent l’été.

J’aime le soleil, la chaleur, le temps qui ralentit, les randos, les bivouacs, les rivières, les baignades au lac, les glaces, les shorts, les gaspachos, les melons, pastèques, pèches et autres fruits coulants. Et l’été, j’aime me poser au soleil avec un bon gros pavé qui m’emportera des heures durant.
Ça tombe à pic pour moi puisque j’ai découvert que Brize organise chaque année un challenge « pavé de l’été ». Pour réussir, il faut lire au moins un pavé durant l’été (donc entre le 21 juin et le 21 septembre). Qu’est-ce qu’un pavé selon Brize ? UN volume d’au moins 600 pages de texte (sans compter les annexes).

Je pensais avoir trois pavés au choix mais en vérifiant ma PAL j’en ai découvert un de plus ce qui monte en fait mon choix à quatre pavés pour cet été :

9791028107130FSCombien de pages ? 832
De quoi ça parle ? Phèdre nó Delaunay a été vendue par sa mère alors qu’elle n’était qu’une enfant. Habitant désormais la demeure d’un noble pour le moins énigmatique. Elle y apprend l’histoire, la théologie, la politique et les langues étrangères, mais surtout… les arts du plaisir. Car elle possède un don unique, cruel et magnifique, faisant d’elle une espionne précieuse et la plus convoitée des courtisanes. Rien ne paraît lui promettre un destin héroïque.
Or, lorsqu’elle découvre par hasard le complot qui pèse sur sa patrie. Terre d’Ange, elle n’a d’autre choix que de passer à l’action. Commence alors pour elle une aventure épique et déchirante, semée d’embûches, qu’il lui faudra mener jusqu’au bout pour sauver son peuple.

Il me tente ? Oh oui, beaucoup ! J’ai vu passer beaucoup de chroniques très entousiastes sur ce roman et j’ai profité des 10 ans, 10 titres, 10 euros de Bragelonne pour enfin me le prendre. Maintenant, j’ai hâte de le lire !

9782290054048FSCombien de pages ? 602 (Il rentre tout juste, je ne pensais pas)
De quoi ça parle ? Les druides règnent sur une forêt primordiale et sacrée sise au coeur du monde. Détenteurs d’une sagesse millénaire, ils sont les gardiens du Pacte Ancien, dont le respect garantit la paix entre les peuples. Mais un crime de sang d’une violence inouïe met en péril le fragile échiquier politique des royaumes du Nord. Le druide Obrigan, aidé de ses deux apprentis, ne dispose que de vingt et un jours, pas un de plus, pour élucider les circonstances du drame, faute de quoi une guerre totale éclatera.
Et tandis que le compte à rebours tourne, chaque lune apporte son lot de nouveaux cadavres, l’entraînant toujours plus loin dans l’horreur…
Il me tente ? Plutôt oui. Je n’ai encore jamais lu Péru en roman (uniquement en BD) et j’aimerais beaucoup le découvrir. J’en entends beaucoup de bien autour de moi, ce serait enfin l’occasion ! Et puis c’est un one-shot alors pourquoi pas ?

9782290127957FSCombien de pages ? 736
De quoi ça parle ? Quelque part dans la forêt de Vyanthryr réside le Roi-Diseur, l’oracle légendaire. Dernier espoir d’une nation ravagée par la guerre civile, le capitaine Rana remonte le fleuve à sa recherche, entraînant dans sa quête une poignée de braves. Personne n’a jamais navigué si loin en amont, à des milles de toute civilisation. Et pourtant, voilà qu’un naufragé dérive à leur rencontre, accroché à une simple branche.
Qui est-il, et que lui est-il arrivé ? Lui qui se fait appeler « le Bâtard », est-il un simple humain, ou l’héritier d’un sang plus ancien ? En ces terres du Nord, les géants et les dieux marchent encore sous les arbres. Déjà, la forêt frémit des prémices de leur colère…
Il me tente ? Grave. J’adore le travail des moutons électriques et celui-ci n’a eu que de la bonne presse. Ce serait l’occasion de le découvrir enfin après tout ce temps !

9782253001676FSCombien de pages ? 912
De quoi ça parle ? Une jeune femme assassinée dans un hôtel sinistre de Manhattan. Un père décapité en public sous le soleil cuisant d’Arabie Saoudite. Un chercheur torturé devant un laboratoire syrien ultrasecret. Un complot visant à commettre un effroyable crime contre l’humanité. Et en fil rouge, reliant ces événements, un homme répondant au nom de Pilgrim. Pilgrim est le nom de code d’un individu qui n’existe pas officiellement.
Il a autrefois dirigé une unité d’élite des Services secrets américains. Avant de se retirer dans l’anonymat le plus total, il a écrit le livre de référence sur la criminologie et la médecine légale. Mais son passé d’agent secret va bientôt le rattraper…

Il me tente ? Bof. C’est celui de ma PAL qui me tente le moins. Il y a peu de chance que je le lise celui-là, il risque de rempiler pour un an.

Surtout de la Fantasy et un Thriller, un choix plutôt large. J’espère en lire au moins un ! Verdict de ma réussite (ou de mon échec cuisant) le 22 septembre précisément !

Et vous, avez-vous prévu de lire des pavés cet été ?

[BD] Chromatopsie

9782377540099FS
Auteur :
Quentin Zuttion

Éditeur : Lapin
Nombre de pages : 236

Chromatopsie, ce sont onze nouvelles. Onze nouvelles qui parlent du corps, de l’autre, du couple, d’identité, d’amour. De notre rapport au corps, de notre rapport à l’autre, de notre rapport à notre identité.

Il y a cette fille lesbienne, coincée dans une famille rigide et rétrograde.
Il y a cet enfant qui rêve d’aller à l’anniversaire de son ami avec sa robe de fée-princesse.
Il y a ce jeune homme qui s’efface, cette jeune femme qui hait son corps, ces deux enfants qui se découvrent pour la première fois.
Et il y en a bien d’autres.
Fatigués, en colère, amoureux, apeurés, apaisés… Onze personnages esquissés à travers ces nouvelles, pour onze ambiances différentes, onze palettes d’émotions. Chacune représentée par une couleur symbolique.

J’ai tout aimé dans ce recueil. Le propos de chaque nouvelle, le ton tantôt serein, tantôt corrosif ; l’ambiance, le graphisme tout doux, les couleurs pâles… Une impression de pure bienveillance se dégage de cet album, renforcé par le dessin épuré et la colorisation très pastel. Les personnages ne sont pas jugés, moqués, décrédibilisés ou autre. Ils sont. Point. Et Quentin Zuttion les présente tels quels avec leurs beautés et leurs laideurs, leurs forces et leurs complexes, leur mal être et leur curiosité. À chaque fois il évite l’écueil du cliché pour présenter des hommes et des femmes vrais, entiers tous différents et uniques à l’image de ce petit garçon qui aime les robes et de ses parents qui ne s’en inquiètent pas mais au contraire le soutienne. Ou de ce jeune garçon et de cette jeune fille qui explorent leur corps ensemble avec respect et attention.

Mes trois nouvelles préférées restent incontestablement « orange », « jaune », et « grises » ; la première présentant une jeune femme mal dans sa peau à qui l’on répète inlassablement « qu’il faut souffrir pour être belle, ma chérie » ; la seconde se focalisant sur cet enfant qui va à l’anniversaire de son copain en robe et la dernière montrant cette vieille femme en fin de vie. Ce sont pour moi les nouvelles les plus fortes et les plus justes.
Pour autant les autres m’ont aussi beaucoup marquée j’ai aimé découvrir chaque tranche de vie avec ses douceurs et ses violences (à l’image de la nouvelle qui ouvre ce recueil qui est d’une violence contenue absolument dingue).

Un recueil de nouvelles atypique qui mériterait d’être plus connu tant il est beau, doux et juste.

En trois mots : Bienveillant. Réaliste. Fort.

[Roman] Peindre, pêcher & laisser mourir

9782330055974FS
Auteur : Peter Heller

Éditeur : Actes Sud (Grand format) – Babel (Poche)
Nombre de pages : 379

« Voilà l’autre leçon que m’a enseignée Irmina. Les gens qu’on aime ont le droit de nous quitter. Elle n’a cessé de me l’enseigner. »

Après un drame personnel, Jim Stegner, peintre en vogue, est venu s’installer dans une petite ville du Colorado. Il espère ainsi se couper du monde et se dédier entièrement à ses deux passions : la peinture et la pêche. Un matin, alors qu’il part pêcher, il croise deux brutes maltraitant une jument. Son sang ne fait qu’un tour, il intervient sur-le-champ, avec rage. Sans savoir qu’il s’en prend à l’un des hommes les plus dangereux des environs. Cet incident anecdotique, est pour lui le début d’une descente aux Enfers.

J’avais eu un très grand coup de cœur pour La constellation du chien, précédant roman de Peter Heller, aussi lorsque j’ai vu son deuxième à la médiathèque me suis-je empressée de l’emprunter. On retrouve la même plume aride, le style incisif, à la fois brutal et poétique. Et un personnage sur le fil du rasoir tout le long du roman. J’en attendais beaucoup et je dois dire que je n’ai pas été déçue.

On suit ici Jim Stegner, un homme à la fois simple et complexe. D’un côté, il aimerait vivre en paix et en harmonie avec la nature, loin des hommes et de la rage du monde. Vivre de sa peinture, de la pêche, d’un bon feu… au fond, un rien lui suffit tant qu’on le laisse en paix. Mais d’un autre côté, ce même Jim Stegner est un faux-calme, habité par une colère permanente face à la folie et la bêtise humaine. C’est un impulsif qu’un rien peu faire déraper : une discussion vaseuse dans un bar, une interview hypocrite et condescendante, une jument frappée sans raison…
Cette violence qui l’habite a longtemps était démultipliée par la boisson, aussi, ça fait plusieurs années que Jim fait tout pour ne plus boire. Pour étouffer cette rage, la contrôler, la refouler. Parce qu’à chaque fois il se retrouve dans des situations impossibles qui sont déjà allées jusqu’à quelques mois de prison pour avoir tiré sur un homme à bout portant, dans un bar. Un homme ambigu donc qui ne rêve que de paix et d’oisiveté mais qui lui-même se laisse facilement aller à la violence face à une situation qu’il juge injuste ou cruelle.
Peter Heller profite du caractère de Jim pour poser la problématique de la légitimité de la violence lorsque l’on combat le mal. Que l’on défend des valeurs, des droits. Vraiment intéressant !

Le roman est raconté à la première personne, du point de vue de Jim et l’on retrouve bien sa personnalité dans le style. La narration est maitrisée de bout en bout ; on se perd dans des passages très contemplatifs et poétiques de cette nature sauvage, omniprésente, de l’Ouest Américain lorsque tout à coup, la narration est coupée par de l’action, par un enchainement de scènes rapides, brutales et violentes. Un rythme parfait qui nous emporte, nous transporte, nous affole et nous relâche.
De tout découvrir par les yeux de Jim, en, même temps que lui augmente la tension présente tout au long du récit. L’auteur joue avec nos nerfs et nos émotions : jusqu’où tout cela va-t-il aller ? Jim va-t-il s’en sortir ? Et si oui, à quel prix ?

Peindre, pêcher & laisser mourir est un roman magnifique qui n’est pas sans rappeler du David Vann ou Richard Wagamese où l’on retrouve cette même contemplation de la nature opposée à la violence des personnages et de leur vécu. Un récit qui prend aux tripes et qu’on ne lâche pas, qui fait réfléchir, hésiter, sourire et grincer des dents. Un auteur à lire. Définitivement.

« Nous pouvons avancer dans la vie aussi facilement d’amour en amour que de perte en perte. »

En trois mots : Âpre. Prenant. Violent.

[BD] Vagin Tonic

9782203148574FSAutrice : Lili Sohn
Éditeur : Casterman
Nombre de page : 272

On est dans une société où la femme est hyper sexualisée ; que ce soit dans les publicités, dans les BD, dans les films, les séries, etc. La Femme fait rêver, son corps fait rêver, fantasmer même, et on ne se prive pas de le montrer partout, sous toutes les coutures, à toutes les sauces. À partir de là, on pourrait penser que l’anatomie féminine n’a plus de secret pour personne face à tous ces seins, toutes ces fesses ou ces hanches présent.es autour de nous.
Et pourtant…
Et pourtant, grand paradoxe, le sexe féminin est aujourd’hui encore un grand tabou. Hommes comme femmes, nous sommes pétris de préjugés et l’on ignore toujours beaucoup de choses sur cet organe. Tout ce qui touche à notre entrejambe dérange. Les règles ? C’est sale, on ne veut pas en entendre parler ! Le clitoris ? Comme si c’était important, ça ne sert pas à la reproduction, enfin ! Et puis n’écarte pas les jambes comme ça Juliette quand tu t’assois, on voit ton entrejambe, c’est vulgaire !
(Et j’exagère à peine…)

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C’est en partant de ce constat qu’est née l’idée pour Lili Sohn de créer un blog, puis une BD autour de la vulve. Aujourd’hui, avec Vagin Tonic, elle nous livre un guide décomplexé du sexe féminin ; et ça fait sacrément plaisir ! Son but : lutter contre la désinformation et les tabous. Parce qu’autant le pénis, le zizi, la bite on en entend parler à tout bout de champs (suffit de voir le nombre d’expression qui tourne autour : « Casser les couilles » ; avoir des couilles » ; « comme ma bite ! » ; « s’en branler » et j’en passe) autant la chatte, la zézette, la foufoune est bien souvent reléguée aux oubliettes. C’est un sujet tellement honteux que beaucoup de jeune filles n’osent pas poser la moindre question sur cet organe, sur leur propre corps comme si elles étaient coupable de… de quoi au fait ? D’être née avec un sexe féminin ? C’est normal pour un garçon de se poser des questions sur son sexe, de le regarder, le toucher, l’admirer. Mais pour une fille ? Dieu que c’est sale ou vulgaire ! On n’aurait pas idée de prendre un miroir pour aller s’admirer la… le… enfin ça quoi. Mais pourquoi donc ?

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Cette désinformation peut être dangereuse et c’est bien contre cela que veut lutter Lili Sohn. Ainsi, en 270 pages on passe de la question « qu’est-ce qu’une femme ? » à l’avancée de la médecine à travers le temps sur le sujet (enfin… avancée, avancée… on pourrait dire reculée plutôt), en passant par les règles, la reproduction ou les rendez-vous chez le gynécologue entre autre. L’autrice reprend point par point l’anatomie féminine, le tout avec des dessins frais, colorés et pleins de peps ; un texte plein d’humour qui nous prend à parti et de nombreuses références scientifiques qui nous donnent la possibilité de notre côté de creuser le sujet si l’on souhaite.

Une excellente BD de vulgarisation, complète et recherchée qui répondra à beaucoup de questions et en décomplexera plus d’un.e ! À mettre entre toutes les mains : hommes, femmes, jeunes ou moins jeunes !

En trois mots : Instructif. Drôle. Pertinent.

[BD jeunesse] Aubépine Tome 1 – Le génie Saligaud

9782800173795FS
Auteurs :
Karensac et Thom Pico
Éditeur : Dupuis
Nombre de pages : 99

Depuis maintenant plusieurs générations, des oiseaux géants migrent toujours à la même période, détruisant tout sur leur passage, c’est la grande migration. La maman d’Aubépine, une célèbre ornithologue, est chargée de résoudre ce problème. Ce qui vaut à toute la famille de déménager dans un trou perdu en montagne, au grand dam de la petite fille. Déjà, son grand frère ne reste pas avec eux. Ensuite, il n’y a que des vieux, pas de jeux, rien à faire. Même la connexion internet rame… quelle poisse !
Un beau jour, en se baladant, Aubépine tombe sur un objet spécial d’où émerge un génie. La fillette a désormais trois vœux qu’il est prêt à lui exaucer…

Aubépine est une BD jeunesse pleine de fraicheur. On suit cette petite fille qui s’ennuie, seule, loin de son quotidien habituel, dans ce trou paumé où il n’y a rien à faire. Et pire que tout : où il n’y a personne avec qui ne rien faire. Aussi, lorsqu’elle rencontre un génie qui lui offre trois vœux elle voit l’occasion de changer sa situation actuelle ! Sans même prendre garde qu’un génie qui a pour nom « Génie Saligaud » ne doit pas être très digne de confiance… de ses vœux vont découler de grands bouleversements qui risquent bien de changer la face du monde… !

aubépine-2Aubépine est une héroïne très attachante. Elle a mauvais caractère (un peu), est intrépide (beaucoup), impulsive (énormément) et impertinente (quand il le faut). J’ai tout de suite accroché à cette fillette qui a du répondant et de la curiosité à revendre. Son évolution au fil de la BD est vraiment bien menée : elle accepte ses erreurs, les surmonte et en tire des leçons pour ne plus les reproduire. Son chien, Pelade, est aussi attachant qu’elle et ce duo nous tient en haleine tout au long de leur (folle) aventure.
La BD évite avec brio l’écueil du cliché. Aubépine est une fille et adore les jeux vidéo (et les jeux vidéo de combat !). Elle a beau aimer les jeux vidéo, ça ne fait pas d’elle une geek asociale déconnectée de la réalité. Elle est assez débrouillarde pour ne pas subir ce qui lui arrive mais pour y faire face vaillamment. Une vraie réussite de la part des auteurs qui évitent à chaque fois de tomber dans la facilité !

Il est ici question d’aventure, d’amitié, d’écologie, mais pas que. Subtilement, les auteurs placent aussi au centre de leur réflexion le fait d’accepter la conséquence de nos actes, de se méfier de ce que l’on désire et surtout, de se méfier de la manière dont on le désir. Des thèmes intéressants, et pour le coup, très bien traités ; sans tomber dans la leçon de morale.
Pour finir, je soulignerai aussi le superbe graphisme de Karensac : coloré et tout en rondeur il n’est pas sans rappeler Mortelle Adèle. Le dessin très expressif nous rend les personnages d’autant plus sympathiques. Les couleurs vives soulignent l’ambiance de la BD et grâce à une mise en page ingénieuse, permettent de donner un rythme enlevé au récit.

Une BD jeunesse coup de cœur, pleine d’humour, d’aventure, de rebondissements et de réflexions. Un premier tome accrocheur dont j’attends la suite impatiemment !
À lire dès 7 ans.

En trois mots : Frais. Drôle. Rythmé.

Juin 2018 – le Bilan

Bien le bonjour !

Je ne sais pas pour vous, mais j’ai à peine eu le temps de cligner des yeux que juin était parti, remplacé en bonne et due forme par juillet.

Que retenir de juin ?

Ça aura été l’occasion pour moi d’ouvrir ce blog et de faire mes premiers pas dans le monde fascinant de la blogosphère.
J’avoue que je pensais voguer seule sur mon petit radeau pendant un long moment alors même que vous êtes déjà un petit nombre à être passé par ici. Un grand merci pour ça ! Ce blog n’a clairement pas vocation à devenir le numéro 1 celui qui sera suivi par des milliers de fans en délire, je ne fais pas la course aux abonnements ou aux commentaires mais soyons honnêtes : la simple possibilité de pouvoir échanger avec quelques personnes autour d’une passion commune est super chouette, enrichissant et très motivant. Donc une fois encore, merci à tous pour votre passage et parfois pour vos petits mots !

Et sinon, niveau lecture ?

Ce mois de juin se solde donc par la lecture de 46 BD (dont 11 BD jeunesse), 25 mangas et 5 romans. Plus un roman abandonné.
Un mois plutôt classique par rapport à mon rythme habituel.

Qu’est-ce que je retiens de tout ça ?

Deux coups de cœur BD :

Les BD quatre étoiles :

  • Le Gecko ; retrouvez la chronique ici.
  • Charogne ; retrouvez la chronique ici.
  • Il faut flinguer Ramirez ; un excellent premier tome qui annonce une série polar réfléchie, déjantée et accrocheuse ! (chronique à venir)
  • Rat et les animaux moches ; un très beau conte sur la différence et la tolérance ! (chronique à venir)
  • Dept. H Tomes 1 et 2 ; un polar en huis clos qui se passe dans une base sous-marine. Le graphisme est particulier mais il colle tout à fait à l’ambiance qui se dégage de la BD. (chronique à venir)
  • Les oubliés de Prémontré ; une autre manière de parler de la Première Guerre Mondiale à travers cet asile psychiatrique. (chronique à venir)
  • Chromatopsie; un recueil de nouvelle sur le couple, la différence et l’identité. Des sujets aussi beaux et doux que le graphisme ! Retrouvez la chronique ici.
  • Terra Doloris ; la suite de Terra Australis une superbe BD sur la colonisation de l’Australie. Ici, dans Terra Doloris, on voit ce que sont devenus certains personnages de Terra Australis, quelques mois ou années après l’arrivée en Australie.
  • Imbattable Tome 2 ; Imbattable, le superhéros qui sait qu’il est dans une BD et qui joue de ses codes. Le second tome est aussi réfléchi que le premier, une pépite !

 Les mangas quatre étoiles :

  • L’enfant et le maudit Tome 4 ; une série envoutante que j’adore tant par son graphisme que pour l’ambiance ou l’histoire. Encore un tome qui apporte son lot de questions !
  • Isabella Bird Tome 3 ; La suite du périple de l’aventurière anglaise. Une série très intéressante tant pour ses personnages que pour le contexte historique.
  • L’atelier des sorciers Tomes 1 et 2 ; j’ai enfin pu découvrir cette nouveauté qui a fait tant de bruit et je dois me ranger à l’avis général : c’est une petite merveille tant dans les graphismes que dans l’histoire !
  • Made in Abyss Tome 1 ; un début très intrigant et prometteur, un monde original et des personnages attachants !

Les Patates d’Or :

  • Inversion ; l’idée du scénario est intéressante et aurait pu donner une excellente BD (un homme qui perd pieds face à la réalité pour ne vivre que dans ses rêves) mais le traitement est fade, trop rapide et rempli de clichés… même le graphisme ne suit pas.
  • Presque maintenant ; là encore un scénario qui annonçait du bon, de l’intéressant, de l’intrigant ! Un homme qui invente des nanopills à implanter sous la peau pour suivre l’évolution de notre santé en temps réel. Mais là encore, le traitement du scnéario tombe à plat pour moi… toute la partie scientifique sur les nanopills (la partie qui m’intéressait le plus) est occultée ou traiter à la va-vite pour se centrer surtout sur l’histoire d’amour centrale du trio. Une histoire fade et à laquelle je n’ai pas cru. C’est dommage parce qu’habituellement j’aime assez ce que fait Cyril Bonin mais là pour le coup, je suis complètement passée à côté.
  • Red Sun Tome 1 ; sans doute ma pire lecture du mois. De la SF bas de gamme, des personnages mal traités auxquels on ne croit pas du tout, des clichés et de grosses lourdeurs…
  • Le monde selon Zach ; de la facilité, des clichés, des niaiseries. C’est tout ce que j’en retiens… une fois encore le scénario pouvait être touchant avec cet homme qui préfère voir la réalité à sa manière (belle et douce) mais je n’y ai pas cru une seule seconde… Et les deux personnages principaux sont creux, remplis de clichés.
  • Michel : French lover ; bon, du pur Fluide Glacial comme je n’aime pas. Un personnage principal détestable, des clichés à toutes les pages et aucune idée derrière. Aucun fond. Ma deuxième pire lecture du mois.
  • Corb-Nez ; un très beau graphisme mais c’est bien tout ce qui est à garder de cette BD. C’est dommage parce que c’est une BD sur un personnage historique trop peu connu (et sur une période historique souvent mise de côté) mais le traitement est tellement plat et cliché que j’ai décroché rapidement.

Du côté des romans ?

Quatre excellente lecture avec tout d’abord Peindre, pêcher & laisser mourir de Peter Heller. J’avais déjà adoré son précédent (La constellation du chien), j’ai tout autant aimé celui-ci. Son style d’écriture très contemplatif et râpeux, ses personnages, son intrigue. Un polar bien noir et bien construit. J’en ferai sans doute une chronique !
Une autre excellente lecture avec Calpurnia et Travis, la suite de Calpurnia. On retrouve cette richesse d’écriture, cette douceur, ces réflexions, ces personnages très attachants. Avec un côté égalitariste plus engagé. Je pense même avoir préféré ce tome au premier. Une chronique devrait suivre sous peu.
C’est ensuite Libération de Patrick Ness qui m’a totalement convaincue ! Ce style d’écriture très simple, ces personnages bienveillants, l’idée qu’il y a derrière. Une vraie réussite ! Là encore une chronique devrait suivre.
Et enfin, une très bonne lecture avec Chanson Douce de Leïla Slimani qui m’aura autant plus que mise mal à l’aise. Je ne m’attendais pas du tout à ça en entamant ma lecture, j’ai aimé être surprise de bout en bout. C’est très humain, très froid, très déstabilisant. Et en même temps, on parvient à comprendre les motivations de chacun des personnages. L’autrice a fait très fort ici !
Pour finir, une grosse, grosse déception avec le dernier tome de Half Bad. J’ai beaucoup aimé le premier tome, le second m’avait déjà peu convaincu mais j’ai complètement décroché pour ce troisième. Plus ma lecture passait, moins j’y croyais. Dommage parce qu’il y a beaucoup de bonnes idées mais le traitement et les personnages ne m’ont pas convaincus. Au contraire, ils ont fini par me lasser, voire carrément m’agacer. J’ai tout de même aimé la toute fin, l’idée qu’il y a derrière. Mais ce n’est pas une série que je conseillerais.

Et pour la suite ?

Je vais continuer au mieux ce blog (je crois que j’y prends bien goût) en essayant ce mois-ci de ne pas proposer que des chroniques. D’abord avec l’article du challenge « pavé de l’été » puis avec quelques réflexions si possibles.
Le blog va connaître une baisse d’activité fin juillet (déjà !) puisque j’ai deux semaines de vacances mais j’espère d’ici-là avoir le temps de poster plusieurs articles.
Merci encore à celles et ceux qui sont passé.es depuis l’ouverture de Chroniques Martiennes et à bientôt sur ce blog ou ailleurs 😉

[BD] Charogne

9782344019337FS
Auteurs : Benoit Vidal et Borris

Éditeur : Glénat – Treize étrange
Nombre de pages : 160

Dans un petit village de montagne, le maire, Joseph vient de mourir. Aimé de tous, il est impensable de ne pas lui offrir une sépulture digne de ce nom ! Mais depuis quelques temps, le curé refuse de monter jusqu’au village, il faudra donc lui descendre le cercueil, à dos d’hommes, en suivant un chemin de montagne escarpé.

Tout commence au village où le maire passe de famille en famille, résout les petits tracas du quotidien, prend des nouvelles. Hélas, alors qu’il aide Le Muet aux champs, il est pris d’une attaque et décède soudainement. Toute la communauté est unanime : il mérite le meilleur des enterrements à commencer par l’extrême onction. Sauf que depuis quelques temps, le prêtre refuse de monter jusqu’au village pour une obscur querelle financière… Aussi, le village désigne quatre hommes parmi les plus robuste pour faire tout le trajet jusqu’au curé. Un trajet qui durera une longue, une interminable journée.
C’est sur cette partie que se concentre l’essentiel de la BD : la descente du cortège jusqu’au prêtre. Chacun des personnages cache de lourds secrets, des secrets inavouables dont personne ne soupçonnerait l’existence…
Tensions, rivalités ; ce chemin de croix sera l’occasion de percer bien des abcès, de déterrer haine et rancœur.
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Benoit Vidal et Boris Joly nous propose ici un polar rural surprenant qui se dévoile petit à petit au fil des pages. On suit le voyage éprouvant de ces hommes qui se découvrent peu à peu, se dévoilent, se mentent et se dupent depuis des années. Aucun ne souhaite faiblir face à l’ampleur de la tâche, il en va de leur honneur et de l’honneur de leur famille !
Ces quatre personnages principaux sont tantôt très attachants, tantôt détestables et plus les abcès se percent – plus les secrets se découvrent –, plus on est surpris avec eux, loin d’imaginer jusqu’où tout cela va aller. Le scénario est parfaitement maîtrisé, les auteurs nous mènent en bateau de bout en bout et même si certaines révélations sont attendues elles tombent toujours à point nommé et leurs répercussions amènent des éléments très intéressants sur l’intrigue et les personnages.
Comme s’il n’y avait pas assez de tension entre eux, d’électricité dans l’air, il faut aussi que les éléments se déchaînent dès le début du voyage. La pluie est omniprésente, tout comme le vent, la roche et les aspérités de la montagne. On sent bien l’aspect sauvage tout au long de la lecture.

Une autre grande force de Charogne réside dans son graphisme. Un graphisme tout en noir et blanc, jouant beaucoup sur les ombres, sec et nerveux, ajoute une atmosphère crasse. Aussi crasse que ces hommes, que leurs âmes, que leurs secrets. On se sent enfermé dans cette histoire, dans ce graphisme comme s’il s’agissait d’un huis clos alors même que les personnages sont en plein air. Des personnages aux gueules caractéristiques, un peu cassées, des visages marqués, burinés, typique d’une ambiance rurale de l’époque.
Pourtant, malgré les secrets, l’ambiance, les personnages, Charogne n’est pas que noire. C’est aussi une BD drôle, surprenante, profondément humaine. On s’attache finalement à ces personnages hors du commun, qui ne sont pas forcément des lumières mais qui sont vrais, entiers.

Une excellente BD, qui par ses personnages, n’est pas sans rappeler du Chabouté ou du Davodeau. C’est noir, c’est drôle, c’est surprenant. Une BD à lire en gardant à l’esprit qu’il faut toujours, toujours, se méfier des apparences !

En trois mots : Surprenant. Noir. Électrique.

[BD] Charlotte et moi

…………………………….. ………… .. 9782917371824FS 9782917371923FS

Auteur : Olivier Clert
Éditeur : Makaka
Nombre de Tomes parus : 2

Après le divorce de ses parents, Gus suit sa mère dans un petit village de campagne. Ils s’installent dans un petit appartement, au-dessus de l’épicerie du village. À l’étage du dessous vit Charlotte, une femme introvertie, différente, que tout le monde désigne comme « limitée ». Sa corpulence impressionne Gus qui en a une peur bleue.
Ils vont pourtant se retrouver embarqués dans la même aventure…

Charlotte et moi, c’est avant tout une BD faite de hasards, si tant est que le hasard existe. Des coups de chance, des rencontres furtives, des actes manqués, voire carrément des rencontres manquées. Tout cela crée une succession de petits événements anodins, de rebondissement imprévus, qui peuvent pourtant changer des vies. Comme celle du petit Gus’, un gamin haut comme trois pommes, au caractère bien trempé, qui a perdu ses repères. Ou celle de Charlotte, cette femme solitaire enfermée dans son mutisme et son passé flou. Mais aussi celle de la maman de Gus, de l’épicière du dessous, du bibliothécaire et bien d’autres… une foule de personnages attachants – parfois malgré eux – dont on a envie de creuser le passif, l’histoire. Chacun à ses idées, ses valeurs, ses préjugés, ses attentes. Ils vont se croiser, se frôler, s’ignorer, s’aider.
La BD se concentre surtout sur la relation qui va se nouer entre le « petit Gus » et la « grosse Charlotte », une rencontre inattendue qui va au-delà de leurs différences, de la différence. Une rencontre très touchante parce que ces deux-là croient en leur rêves et ne vont pas les lâcher. Ils sont près à voir des signes du destin partout, à suivre leur instinct avec naïveté et acharnement. Un duo adorable qu’on ne peut qu’aimer et suivre avec intensité !

Page-1Charlotte et moi, ensuite, ce sont des graphismes. Des dessins qui sonnent très jeunesse, très dessins animés ce qui ajoute un côté encore plus naïf à cette BD, à ces personnages. Pourtant, le récit est plus profond que ce que le dessin pourrait laisser croire.
Olivier Clert a opté pour un graphisme d’une grande douceur, tout en rondeur et couleur chaude. Des formes et des couleurs qui nous enveloppent dans une sorte de bulle de sérénité lorsque l’on se plonge dans ce récit. Un trait sensible, bienveillant, tout en finesse.
On sent que l’auteur travaille habituellement dans des studios d’animations, il a toujours le bon cadrage, la bonne lumière, les bons angles de vues, le bon enchainement des cases. Un rythme maîtrisé à la perfection qui ne laisse rien au hasard et nous emporte dès les premiers dialogues.

Si le premier tome présente surtout les personnages et la situation (et nous surprend par son dénouement, pour le coup totalement inattendu !), le second tome creuse un peu plus ce côté rencontre fortuite et fruit du hasard. J’avais peur que le soufflé retombe, que ce côté contemplatif absolument adorable s’essouffle, que l’histoire tourne en rond. Eh bien non ! Sans entrer dans les détails (c’est le genre de BD qu’il faut lire sans savoir, ou presque, dans quoi l’on s’embarque) je dirais juste que l’on creuse encore plus les personnages et qu’ils n’en sont que plus touchant. On veut voir jusqu’où ils vont aller et surtout, où cette aventure va tous les mener !

Une BD à la fois tendre, douce et humaine ! Une histoire magnifique par sa simplicité et son authenticité. Un pur moment de douceur qui nous emporte au fil des pages. Maintenant, je n’attends qu’une chose : la suite !

En trois mots : Adorable. Sensible. Surprenant.

[Roman] Les étoiles s’éteignent à l’aube

9782889273300FS
Auteur : Richard Wagamese
Éditeurs : Zoé (Grand format) ou 10/18 (Poche)
Nombre de pages : 284

« — Y faut que tu m’enterres face à l’est, dit-il. Assis, comme un guerrier.
— T’es pas un guerrier. »

Franklin Starlight n’a jamais vraiment connu son père, Eldon Starlight, cet homme ravagé par l’alcool. Durant seize ans, il a été élevé par le Vieil Homme et n’a rencontré son géniteur qu’une dizaine de fois, maximum. Jamais lorsque celui-ci était sobre. Aujourd’hui, Franklin n’attend plus rien de cet homme, cet inconnu. Pourtant, alors qu’il est mourant, Eldon Starlight appelle son fils à son chevet. Il a une demande singulière à lui faire : l’emmener mourir au cœur de la montagne, comme leurs ancêtres.

Les étoiles s’éteignent à l’aube est, entre autre, un roman sur la famille, la compassion, les erreurs, la transmission, la bienveillance et l’amour.
On suit le personnage de Franklin, un adolescent pleins de valeurs et de bonne volonté, qui cherche toujours à faire ce qui est juste, suivant l’enseignement que lui a transmis le Vieil Homme. Un Vieil Homme dont on sent l’importance dès les premières pages. Il a tout donné à Franklin : une éducation, de l’attention, les valeurs du travail, les secrets de la nature. Peut-être a-t-il manqué de marques d’affection grandiloquentes, pudique dans ses gestes et ses sentiments, mais on sent ce lien profond qui unit cet adolescent et ce Vieil Homme. En somme, il aura joué le rôle d’un père pour Franklin et c’est grâce à lui que l’adolescent est ce qu’il est aujourd’hui.
Et le « vrai » père ? Lui terriblement présent par son absence. Par ces rendez-vous où il ne s’est jamais pointé. Par ses excès d’alcool lors des rares rendez-vous non manqués. Par ses mensonges, ses silences. Même pas un père, quoi. Tout juste un géniteur. Un géniteur dont Franklin n’attend plus rien. Pourtant, lorsque celui-ci lui demande de l’emmener mourir en montagne, Franklin voit ici l’occasion d’enfin percevoir la vérité sur qui est son père, et qui il est lui-même. De son côté, ce voyage va être l’occasion pour Eldon d’enfin libérer sa parole et raconter son histoire. Pas dans le but de se faire pardonner ou pour rattraper le temps perdu, plutôt dans l’idée de léguer sa propre histoire à Franklin.
J’ai d’ailleurs particulièrement apprécié qu’ici, Eldon ne se voile pas la face et ne cherche pas le pardon de son fils. Parce qu’abandonner ainsi son gosse et lui préférer la boisson n’est pas excusable. Bien sûr, on peut plaindre Eldon, on peut comprendre ses drames, ses malheurs, ne pas approuver ses choix mais les entendre. Pour autant, son abandon, son absence, ses fuites, sa non-relation avec son fils ne sont pas excusable. Et qu’il ne cherche pas ce pardon pour partir en paix m’a beaucoup plu et m’a fait encore plus apprécier cet homme détruit par la vie.

C’est une relation très forte et touchante qui se met en place au fil du voyage. La tension est omniprésente, la douleur aussi. Celle de Franklin qui a passé des années à espérer un père qui ne voulait pas de ce rôle (et qui n’en veut toujours pas). Celle d’Eldon qui a passé sa vie à fuir. À esquiver. À survivre tant bien que mal. Avec l’appel de la boisson, toujours plus fort, toujours plus irrésistible. Un homme qui n’a rien pour lui, que l’on n’a pas envie d’apprécier, surtout lorsqu’on le compare à son fils ou au Vieil Homme. Et pourtant.
Et pourtant…
L’histoire d’Eldon est âpre, râpeuse, rugueuse. Et il lui faudra bien du courage pour la raconter. Autant que ce qu’il en faudra à Franklin pour l’écouter. Pour entendre ces vérités. Et, peut-être, les accepter.

Le style de Richard Wagamese est simple, épuré. Les dialogues sont peu nombreux, on est dans la contemplation de cette nature sauvage, de ces hommes, de cette histoire douloureuse. Et lorsqu’ils sont présents, ces dialogues ne pardonnent pas. Ils sont secs. Ils écorchent. Autant que les deux personnages principaux ont été écorchés par la vie et par leur (non)relation. Ici, ce qui se dit (et ce qui est dit)  est aussi important que ce qui est tu. Une pudeur des mots et des émotions qui finalement en raconte tout autant que de longs discours. Une écriture sobre, donc. Mais toujours juste et puissante. Remplie d’émotion.

Un roman magnifique, qui prend à la gorge et aux tripes. Un voyage à travers ces grands espaces sauvages, mais aussi et surtout à travers l’humain ; dont personne, pas même le lecteur, n’en ressort indemne. Une œuvre profonde, réfléchie, touchante, qui répare autant qu’il n’écorche. À lire absolument !

En trois mots : Fort. Âpre. Humain.